Thermopompe en hiver au Québec : comment ça fonctionne à -25 °C
Non, une thermopompe ne s'arrête pas quand il fait froid. Voici ce qui se passe vraiment dehors et dedans.

Chaque hiver, la même question revient lors de nos visites : « Est-ce que ça chauffe vraiment quand il fait -25 °C? » La réponse courte est oui, à condition d'avoir le bon appareil, bien dimensionné et bien installé. La réponse longue mérite quelques explications, parce que comprendre ce qui se passe dehors par grand froid vous aidera à faire le bon choix et à ne pas vous inquiéter pour rien.
Il y a toujours de la chaleur dans l'air, même à -25 °C
Une thermopompe ne fabrique pas de chaleur : elle la déplace. Le réfrigérant qui circule dans l'unité extérieure est plus froid que l'air ambiant, même quand cet air est à -25 °C. Il absorbe donc de l'énergie, est comprimé pour monter en température, puis cède cette chaleur à l'air de la maison. C'est le principe du réfrigérateur, à l'envers.
Ce qui change avec le froid, c'est la quantité de chaleur disponible et l'effort demandé au compresseur. Plus il fait froid, plus la capacité de chauffage diminue et plus le rendement baisse. Une thermopompe ordinaire perd rapidement pied sous -10 °C. Une thermopompe climat froid est conçue précisément pour cette plage : compresseur à vitesse variable capable de tourner plus vite, injection de vapeur ou de réfrigérant liquide, serpentins plus grands, dégivrage plus intelligent.
Ce que veut dire « climat froid »
Le terme n'est pas un argument de vente vide. Les fabricants publient des courbes de capacité qui indiquent combien de BTU par heure l'appareil fournit à 8 °C, à -8 °C, à -15 °C, à -25 °C. Un modèle comme la Daikin Atmosphera ou une centrale Daikin Fit conserve une part importante de sa capacité nominale à -25 °C, là où un appareil standard n'en donne plus qu'une fraction.
Deux chiffres à regarder sur la fiche technique :
- La capacité de chauffage à -15 °C et à -25 °C, en BTU/h. C'est elle qui compte pour une maison du Grand Montréal, pas la capacité à 8 °C.
- Le COP (coefficient de performance) aux mêmes températures. Un COP de 2 à -20 °C signifie que l'appareil fournit deux fois plus de chaleur que l'électricité qu'il consomme. Une plinthe électrique a un COP de 1, toujours.
Même quand le COP baisse par grand froid, il reste au-dessus de 1 pour un modèle climat froid jusqu'à des températures très basses. Autrement dit, la thermopompe reste plus économique que les plinthes presque tout l'hiver.
Le rôle de l'appoint
Aucune thermopompe résidentielle n'est dimensionnée pour couvrir seule les quelques heures les plus froides de l'année. Ce serait payer pour une capacité inutile 360 jours par an. On choisit plutôt un appareil qui couvre la très grande majorité des heures de chauffage, et un appoint qui prend le relais lors des pointes.
- Avec une thermopompe centrale, l'appoint est une fournaise électrique ou des éléments électriques dans l'unité intérieure. Le thermostat les active automatiquement quand la thermopompe ne suffit plus, ou sous une température de bascule choisie. Si vous conservez un appoint, le tarif bi-énergie d'Hydro-Québec peut s'appliquer.
- Avec une thermopompe murale, l'appoint est constitué des plinthes existantes, réglées un ou deux degrés sous la consigne de la murale. Elles ne s'allument que si la murale n'y arrive pas.
Un système bien conçu ne vous laisse jamais avoir froid. Ce qui arrive parfois, c'est un appoint mal réglé qui se déclenche trop tôt et fait grimper la facture. C'est un réglage, pas une fatalité.
Le dégivrage, ce cycle qui inquiète tout le monde
Par temps froid et humide, entre -10 °C et 3 °C surtout, l'humidité de l'air gèle sur le serpentin extérieur. Le givre bloque l'échange de chaleur. L'appareil détecte cette baisse de performance et lance un dégivrage : il inverse brièvement le cycle, envoie du réfrigérant chaud dans l'unité extérieure, fait fondre le givre, puis reprend le chauffage. Le tout dure de trois à dix minutes.
Pendant ce temps, vous verrez de la vapeur s'échapper de l'unité extérieure, de l'eau couler dessous et, à l'intérieur, l'air soufflé devenir tiède ou le ventilateur s'arrêter. Tout cela est normal. Ce qui ne l'est pas :
- une couche de glace épaisse qui reste des heures sur l'unité, ou qui la recouvre complètement;
- des dégivrages toutes les dix minutes;
- un bloc de glace sous l'appareil qui remonte jusqu'au ventilateur.
Dans ces cas, ne cassez jamais la glace sur les ailettes. Coupez l'appareil et appelez pour un dépannage : il peut s'agir d'un capteur, d'un manque de réfrigérant ou d'un problème de drainage.
L'installation fait la moitié du travail
Une thermopompe climat froid mal installée chauffe mal par grand froid. Les détails qui comptent :
- La hauteur de l'unité extérieure. Sur un support surélevé de 30 à 60 cm, pour que la neige ne l'étouffe pas et que l'eau de dégivrage ne forme pas de bloc de glace en dessous.
- L'emplacement. Hors des chutes de neige et de glace du toit, avec 60 cm de dégagement tout autour, à l'abri des vents dominants si possible, sans être enfermée.
- La charge de réfrigérant. Mesurée selon les spécifications du fabricant, avec des conduites isolées. Une charge approximative coûte de la capacité exactement quand vous en avez besoin.
- Le calcul de charge. Une maison de Rosemont, un bungalow de Laval et une maison neuve de Blainville n'ont pas les mêmes pertes de chaleur. Le calcul se fait sur place, pas au pied carré.
Vos gestes d'hiver
- Gardez l'unité extérieure dégagée après chaque bordée : un balai, jamais une pelle sur les ailettes.
- Ne couvrez jamais l'appareil; un petit toit ouvert sur les côtés est acceptable.
- Laissez le thermostat stable. Un abaissement de nuit fait travailler l'appoint le matin.
- Nettoyez les filtres de la murale toutes les deux à quatre semaines : un filtre bouché réduit la chaleur soufflée.
- Utilisez le mode « chauffage », pas « auto », pour éviter les bascules inutiles.
Le reste relève de l'entretien annuel, idéalement fait à l'automne.
Ce que ça change sur la facture
Sur une saison complète, une thermopompe climat froid remplaçant des plinthes réduit sensiblement le coût de chauffage, parce que la majorité des heures de chauffage au Québec se situent entre -10 °C et 5 °C, là où l'appareil est très efficace. Lors du remplacement d'une fournaise au mazout, l'écart est encore plus marqué. Le coût d'achat, les fourchettes réalistes et les subventions sont détaillés dans notre guide des prix 2026, et le financement permet d'étaler l'investissement.
Vous voulez savoir ce que donnerait une thermopompe dans votre maison, cet hiver? Réservez une évaluation gratuite : un conseiller mesure la maison, calcule la charge et vous dit franchement quel appareil tiendra à -25 °C.
On nous demande souvent…
Une thermopompe chauffe-t-elle encore à -30 °C?
Les modèles climat froid continuent de fonctionner à -25 °C et souvent jusqu'à -30 °C, avec une capacité réduite. En dessous, l'appoint électrique prend une part croissante du chauffage. Vous ne manquez jamais de chaleur si le système a été bien dimensionné.
Pourquoi de la vapeur sort-elle de mon unité extérieure l'hiver?
C'est le cycle de dégivrage. L'appareil inverse brièvement son fonctionnement pour faire fondre le givre accumulé sur le serpentin extérieur. La vapeur, l'eau qui s'écoule et l'air tiède à l'intérieur pendant quelques minutes sont normaux.
Faut-il baisser le thermostat la nuit avec une thermopompe?
Peu ou pas. Contrairement aux plinthes, une thermopompe est plus efficace en maintenant une température stable. Un écart de 1 à 2 °C au maximum; un grand écart force l'appoint électrique le matin.


